Par Jean-Bernard Forie
J'apprécie immensément ce type de navigation sans contrainte. Un après-midi libre ? Un rayon de soleil ?
Le bateau sur sa remorque est vite attelé à la voiture, mis à l'eau, gréé, et vous offre aussitôt
quelques heures de bonheur et de liberté en toutes saisons.
L'hiver, par exemple, quand ne règnent sur l'eau que froidure, grisaille et immobilité, quel plaisir d'empoigner une paire de bons avirons ! Très vite on se réchauffe, très vite l'esprit s'apaise dans le doux balancement des coups d'avirons.
On comprend vite que le nombre d'heures d'utilisation annuelle d'un canot puisse dépasser celui d'un croiseur quelconque abandonné dans une marina onze mois et demi sur douze.

J'ai commencé par installer un gréement, un gouvernail et une dérive sur un gabarot de Dordogne, embarcation traditionnelle vouée en principe à la pêche en eaux calmes. Pour une somme d'argent des plus modique, j'ai pu réaliser ainsi, en eaux intérieures, nombre de navigations mémorables.
Ce type d'embarcation avait d'évidentes limites (poids, mauvaise étanchéité et franc-bord trop faible) et malgré sa rusticité et son adaptabilité, j'ai voulu construire (sur mes propres plans, ô prétention !) un canot plus léger, extrêmement stable, avec de bonnes performances à la voile comme à l'aviron. Le cahier des charges comportait aussi l'exigence d'une construction rapide, facile et peu chère.
La construction s'est déroulée de janvier à juin 1996, en y consacrant de nombreux week-ends, congés et autres jours fériés.
Il s'agit donc d'un canot en contreplaqué collé à l'époxy. Toute la carène est aussi enduite d'époxy, gage de durabilité. Le fond est plat, rectiligne sur les trois-quarts de la longueur, et se relève à l'arrière. L'étrave et les flancs sont parfaitement verticaux. Tout se raccorde à un tableau arrière incliné et assez étroit.
L'intérieur est assez classiquement aménagé avec un pontage arrière et deux bancs de nage. Seule originalité, le puits de dérive est décalé en abord, ce qui libère un grand espace au centre du bateau.
Le gouvernail est large et peu profond, à la différence des gouvernails articulés des dériveurs, dans le même souci de rusticité et de simplification.
Pour le plan de voilure, j'adopte une solution à base de mâts courts et de voiles trapézoïdales. Ainsi tout le gréement est facile à démonter et à ranger dans le bateau. La prise au vent quand on navigue à l'aviron reste de ce fait raisonnable. Il y a trois emplantures pour les deux mâts. Il est donc possible aussi de naviguer avec le seul grand mât, solution que je préfère pour les sorties en solitaire. Si la météo se dégrade brutalement, la solution est de naviguer sous voilure réduite en installant à l'avant le petit mât d'artimon avec ses 4 m² de toile.
Enfin, 200 litres de réserve de flottabilité amovibles installés sous le pontage arrière et sous les bancs permettent d'envisager les raids les plus hardis.
Habitués de la croisière en voilier habitable, oubliez tout ! Ce genre de navigation est fondé sur d'autres valeurs et d'autres repères...
Vous découvrirez alors que l'estuaire de la Gironde se prête admirablement à ce genre d'expérience. Tout naturellement, vous apprendrez aussi à descendre la Garonne ou la Dordogne, ainsi que leurs affluents, et votre émerveillement n'en sera que plus complet.