Les canards s'en lavent les pattes

Le gabarot, parfait instrument de noyade

par Jean-Bernard Forie
Cliché Jean-Bernard Forie.

 

Le gabarot

Comme beaucoup de petites embarcations traditionnelles d'eaux calmes, les caractéristiques du gabarot sont incompatibles avec la navigation dans des eaux simplement un peu clapoteuses.

L'avant pointu et relevé bute sur chaque vaguelette au point de faire perdre tout élan au bateau, mais celui-ci est surtout conçu pour aborder les berges en pente douce sans se mouiller les pieds, la courbe du fond à l'avant épousant le profil de la rive.

Le faible franc-bord, limité à la largeur d'une seule planche, donne des sensations fortes en eaux agitées, mais, outre la simplification de la construction, cela limite la prise au vent, ce qui est utile pour la propulsion à la pagaie, l'étroitesse de la coque ne permettant pas l'utilisation d'avirons.

La construction elle-même, en épaisses planches de sapin sur une charpente dense de membrures en chêne, ne peut que donner un bateau lourd. Pour la propulsion à la perche, cette lourdeur est un atout car le bateau garde de l'élan entre les poussées sur le fond.

Au total, un parfait bateau d'eaux intérieures, qui a vocation à se transformer en "instrument de noyade" lors de randonnées dans l'estuaire de la Gironde. Pourquoi l'avoir choisi ? Parce que mes origines périgourdines m'y poussaient, c'est sûr, aussi pour faire un peu "d'archéologie expérimentale", et enfin parce qu'il est exceptionnellement bon marché.

Dans les marais, étangs et rivières du monde entier, on trouve aussi d'innombrables frêles esquifs aux caractéristiques assez semblables, outils simples et rustiques au service d'humbles gens. Les provençaux, par exemple, ont sur leurs étangs des petits bateaux à cul pointu aussi primitifs que les gabarots qu'ils appellent des "nègues chins" (des noie-chiens).

Alors que les canoës en polyéthylène moulé prolifèrent sur les cours d'eau, s'obstiner à partir à l'aventure sur un gabarot de Dordogne peut apparaître comme une sorte de joyeuse provocation... Eh bien, je l'assume !

© Conservatoire de l'estuaire de la Gironde 2006-2008